Montpézat

Il est 17 h, et bizarrement le clocher ne sonne que quatre fois. « J’ai anticipé l’heure d’hiver, plaisante le maire, Guy Larée. La vérité c’est, qu’à chaque orage, il se dérègle ! » Sous la halle, le cheval ancestral a laissé place à l’automobile. Seul le bœuf a encore droit de cité. Et encore ! À l’Assomption, son corps est livré pour de joyeuses ripailles. Au son des Bandas, pas moins de 1200 personnes investissent l’ancienne nationale 626 « de Mimizan à Quillan », histoire de renouer avec le passé : celui où les Ariégeois tenaient le marché aux bovins sous la halle.

1955 a marqué la fin de cette époque et le début de l’exode rural. Des 1000 habitants d’avant 1900, il n’en reste aujourd’hui que 250. Les commerces aussi ont baissé rideau. « La boulangerie et la pompe à essence/tabac/journaux ont fermé en 2000 ». Ne subsistent que des entreprises dans les faubourgs et un brocanteur où il fait bon chiner. Mais l’école rayonne toujours : « On comptera 24 élèves l’an prochain contre 16 actuellement. »

Pierres

Les traces de ce glorieux passé sont inscrites dans la pierre. Dans ce bourg, né du rattachement de Montpézat-Ville et de Gensac, en 1829, existent toujours trois églises – Notre-Dame-de-l’Assomption aux « 15 cloches », celle de Gensac et la Chapelle de Perdermont – deux moulins et deux cimetières !

Du château, détruit par les troupes de Charles-le-Bel en 1324 (31 ans plus tard, c’est le Prince Noir qui ravagea le village), restent les douves. Mais en terme de recyclage, les habitants avaient déjà un temps d’avance : « la plupart des maisons ont été construites avec ses pierres. »

Arrêtons-nous un instant sur Gensac, ce village « absorbé » : un château du XVIIIème, reconstruit sur l’emplacement d’un ancien datant de la féodalité, mais surtout un moulin en passe de retrouver son lustre d’antan grâce « à des artisans ariégeois de grande qualité ». Gensac, c’est aussi un lieu-dit qui revit grâce à ses habitants qui ont relancé un repas de quartier, ponctué d’un feu d’artifice !

« Point de rencontre »

Ce village « frontière » avec la Haute-Garonne fourmille d’anecdotes en tout genre et d’individus de mémoire, dont son facteur et ultime carillonneur octogénaire (encore en service !), André Lacome, en est l’une des personnifications vivantes (lire son portrait sur le site).

Bref, avoir « le coup de foudre pour le coin », dixit Olivier, propriétaire d’une résidence secondaire depuis 32 ans, n’a rien d’exceptionnel en soi vu l’architecture et les paysages. Reste à le faire vivre… Dans ce décor de carte postale, il ne manque plus que le café. Ce « point de rencontre» que le conseil municipal aspire de ses vœux. Un jour peut-être, les Ariégeois s’y arrêteront de nouveau…

Repère

250 habitants
1 564 ha.
Mairie de Montpezat
32220
05 62 62 42 90
[email protected]
Maire : Guy Larée

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2ème partie du reportage sonore

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Abécédaire de Montpezat

Abbés. Depuis 1504, le village a compté 13 abbés résidants. Le dernier, l’abbé Dutech, a exercé jusqu’à sa mort, en 1937. Un prêtre en retraite a pris la suite jusqu’en 1951.

Bleu. C’est la couleur de l’éclairage nocturne qui embellit le puit communal de la Rente, restauré dans les années 2000 par le Petit patrimoine du Saves.

Classe. La première classe a été construite en 1828. Longtemps assuré par des religieuses, l’enseignement devient public en 1903, date à laquelle une salle de classe fut aménagée dans l’actuelle mairie. Cette classe fonctionnera durant 43 ans. Aujourd’hui, l’école primaire se situe à proximité de l’ancienne Poste.

Départementale. Avant d’être répertoriée comme route départementale, la Nationale 626, traversant le village de long en large, était connue pour relier l’océan Atlantique à la Méditerranée. Autant dire qu’elle était très empruntée !

Églises. À l’époque féodale, la chapelle du château faisait office d’église. L’actuelle Notre-Dame-de-L’Assomption a été construite en 1841 avec les pierres du feu château (l’enduit de ciment sur le clocher date des années 1980). Notre-Dame-de-Pedermont : chapelle se situant dans le cimetière paroissial datant de la fin du XVIIème siècle (sud-est du village). Détruite à la révolution, elle sera définitivement restaurée après le 1er conflit mondial. Saint-Martin-de-Gensac s’élève à l’est du château éponyme. http://patrimoineruralgers.free.fr

Foires. Une réglementation datant de 1490, sous Charles VIII, instaurait des foires à date fixe : 3 février, 26 avril, 17 août et 1er décembre. Au fil des années, elles furent ramenées au premier mardi de chaque saison : mars, juin, septembre et décembre. Ces foires connaissaient une affluence considérable. On y commercialisait les bestiaux, les porcs, les volailles, les moutons et les graines. Elles se sont achevées dans les années 1960.

Guerre. La commune a perdu 22 de ses fils lors du premier conflit mondial et un seul pour la période 1939/1945. Le monument aux morts date de 1922.

Heïrot. Une « petite foire » qui se tenait en décembre, le lendemain du marché de Samatan. « On la nommait « Heiro de la moucos blansos » puis est venu le mot heirot qui fut donné par les maquignons de l’Ariège qui en rentrant de Samatan dormaient à Montepezat à l’auberge. C’était une vraie journée de détente. »

Indurain. Le coureur cycliste espagnol a traversé le village « en jaune » lors d’une étape du Tour de France.

Jeux. Outre la « Casse à la cruche », le village compte de nombreux adeptes de belote. Très longtemps les cafés leur ont servi de salle de jeux, « chez Saint-Sernin ou Emma ». Aujourd’hui, les beloteurs se retrouvent tous les mardis soirs.

Kilomètres. Des kilomètres, il en a avalé sur sa bicyclette André Lacome, le dernier facteur résidant du village d’après-guerre.

Logo. « Louer » en patois. Fête patronale qui se tenait le 3ème dimanche de mai. Sous la halle, les ouvriers agricoles cherchant du travail rencontraient les employeurs. Les ouvriers désireux de travailler à l’année portaient des feuilles de laurier à la pochette de la veste – on les surnommait les Baylets ; ceux qui voulaient offrir leurs services pour l’été, portaient trois épis de blé – les Estioadous. En fin d’après-midi, cette manifestation se terminait par un jeu : la « Casse à la cruche ».

Maire. On en compte 26 depuis 1793.

Noir. Comme le Prince, alias Edouard Plantagenêt ou Edouard de Woodstock, qui dévasta le village en octobre 1355, au cours d’une de ses « chevauchées ».

Occitan. Montpesat en Occitan.

Patois. « J’ai d’abord appris le patois avant d’apprendre le Français à l’école », explique André-Jean Darolles, dont le grand-père était charpentier dans le village. « À mon arrivée en 1982, les habitants parlaient le patois. Aujourd’hui, on ne l’entend plus », Olivier, habitant.

Rente. Construit en 1817, le moulin de la Rente se situe sur le point le plus culminant du village (310 mètres d’altitude). Au XIXème siècle, le village comptait cinq moulins. Il n’en demeure que deux : la Rente et celui de Gensac.

Sonorités. Le 1er juillet 1890, l’abbé Dutech fonde un orphéon. Dans les années 20, on dénombrait entre 25 et 30 musiciens. En 1950, l’harmonie fusionna avec la Lyre de la Save, de Samatan.

Table. La municipalité a en prévision la réalisation d’une table d’orientation au moulin de la Rente pour voir toute la chaine des Pyrénées.

Ultime. Montpezat est l’ultime village du Gers avant la Haute-Garonne.

Vitraux. Notre-Dame-de-l’Assomption compte six vitraux : trois au nord (Grégoire XVI, l’Annonciation et la Nativité du Sauveur) et trois au sud (Immaculée conception, présentation de Marie au temple et Visitation).

Wisigoths. Ils sont passés par là en 502.

Yeux. Il ne fallait pas avoir froid aux yeux pour assister à l’égorgement du bœuf sous la halle ! La tradition perdure le 15 août, mais le bœuf arrive déjà mort…

Xylophages. La municipalité souhaiterait que la maison à colombages du centre bourg retrouve son éclat. En attendant, les Xylophages l’occupent…

Zénith. Au Moyen-âge, mais aussi au XIXème siècle, Montpezat a atteint son Zénith avec sa foire à bestiaux sous sa halle.

André Lacome, facteur et carillonneur

Andre-Lacome-montpezatIl appartient à la catégorie de ces hommes qui traversent les époques en toute humilité. Sorte de « lieu de mémoire », si cher à Pierre Nora. Le roc a beau s’appuyer sur une canne et éprouver des difficultés auditives, il n’en débite pas moins ses souvenirs en pagaille.

À 83 ans bien sonnés, André Lacome peut s’enorgueillir du titre de dernier carillonneur du village. « De père en fils depuis 212 ans ! » « D’ailleurs, il continue encore », souligne le maire Guy Larée, qui lui prête main forte dans sa tâche. Et après lui ? « Le déluge », lance-t-il en rigolant.

Son fils suit un autre chemin, tout en marchant dans les pas de son père… Il est salarié de La Poste. Pour André, on parlait plutôt de PTT. Sous le soleil ou la pluie – la pèlerine comme protection – il en a avalé des kilomètres et des côtes. Sa seule crainte, c’était les chiens qui « s’accrochaient à (mes) pneus de vélo ». Mais le plaisir prenait vite le pas…

Durant les mois d’hiver, « je mangeais le cochon chez les habitants presque tous les midis, et même parfois le soir. » « Comme tous les facteurs, il ne le loupait pas », ajoute le 1er édile. Il faut dire qu’il était gourmand ! » Son père faisait-il de même ? Car là aussi, on peut parler de transmission, voire d’atavisme ! « Il épaulait le facteur receveur. »

Le sang du bœuf

Un facteur, c’est un peu l’oreille des villageois. Chez André, cela s’arrête à l’écoute et à une stricte neutralité. « Je n’aimais pas les querelles de voisinage. » Façon de justifier son peu d’intérêt pour la chose publique. « Moi, j’étais facteur. La politique, ce n’était pas ma passion. » Cela ne l’a nullement empêché de s’intéresser à la vie de sa commune

De son enfance, il conserve en mémoire la fête du 15 août et sa tradition du bœuf. « On le tuait sous la halle. Le sang coulait devant la maison, c’était un peu barbare. » Il évoque aussi le Heïrot[1] et différentes recettes de cuisine : le Mias (« dessert du pauvre » à base de maïs) et la Fricassée. Sans oublier la sévérité de l’instituteur : « Aujourd’hui, il serait en prison ! Il attrapait les filles par les cheveux et les secouait comme l’Orangina. »

Il n’oublie pas non plus les soldats allemands et « leurs mitraillettes ». « Ils sont venus à la maison, mais ils n’ont rien touché. Ils disaient “gut gut”, que c’était bon. » Au village, on prétend que Montpezat a échappé au sort d’Oradour grâce à l’action de son père parti stopper les ardeurs des maquisards prêts à en découdre.

Aujourd’hui, de sa maison de « 300 ans » accolée à la mairie, André peut apercevoir l’ultime trace visible de l’occupant : un pilier de la halle rehaussé suite à un recul brutal d’un camion ou d’un char. Un souvenir de plus dans la vie de ce passionné de belote. Facteur, carillonneur et beloteur ! Une devise à lui tout seul…

[1] Une « petite foire » qui se tenait en décembre, le lendemain du marché de Samatan. « On la nommait « Heiro de la moucos blansos » puis est venu le mot heirot qui fut donné par les maquignons de l’Ariège qui en rentrant de Samatan dormaient à Montepezat à l’auberge. C’était une vraie journée de détente. » Source : écrit sur Montpezat par Maurice Larée.