Noilhan

Une pompe à essence a capté notre regard. La rouille l’a attaquée mais elle a de l’allure cette antiquité d’après-guerre. « Si vous saviez le nombre de gens qui voudraient me l’acheter », sourit sa propriétaire, Marie Duthil. La fille du dernier forgeron du village y tient comme à la prunelle de ses yeux. Tout comme elle conserve jalousement depuis le décès de son père les outils de la forge en l’état. « À la veille de sa mort, il forgeait encore. Les gens du coin s’en souviennent très bien. »

Cette forge, c’était la dernière activité du centre bourg. Depuis 2003, seul le carillon de l’église résonne dans ce village de 360 âmes, « « situé sur le versant gauche des premiers coteaux de la Save » à la « forme d’un ballon de rugby », comme le décrit d’après des dires Thierry Bonnefoi, son premier édile.

Mutation

Noilhan soigne particulièrement son patrimoine. Religieux avant tout. « Nous avons rénové tous les oratoires et croix en bord de route, car nous considérons que cela fait partie du patrimoine communal, au-delà de la représentation cultuelle qu’ils peuvent avoir. » Mais c’est église au double patronyme – Saint-Pierre/Saint-Paul – qui symbolise au mieux cette volonté.

Le 20 juin 2015, le village s’est même payé une fête avec messe, fanfare et discours pour célébrer la réouverture de son lieu de culte après quatre années de travaux. Ce jour-là, on a même inauguré le nouvel hôtel de ville. « C’était l’ancienne école que je fréquentais », se souvient Léonce Biamouret, le premier adjoint (lire portrait sur le site). Les écoliers ont depuis la rentrée 2010 investi de nouveaux locaux à proximité du centre.

La précédente mairie, simplement séparé d’une cour de l’actuelle, abrite aujourd’hui le club du troisième âge et un cabinet de chiropractie. « Un nouveau métier », dixit Thierry Bonnefoi, dans un territoire en pleine mutation.

« Depuis une vingtaine d’années, ce village, essentiellement agricole, devient, avec l’arrivée de nouveaux habitants et le changement de paysage économique, beaucoup plus mixte. Les gens travaillent soit dans les industries, soit dans les services, autour de l’Isle-Jourdain et jusqu’à Toulouse. »

Les activités agricoles, ou qui s’y rapportent, n’ont pas pour autant disparu. Outre la polyculture et « quelques élevages », Noilhant a ses particularités : Gilles Authesserre l’héliciculteur et Jack de Lozzo, un agriculteur « attiré par les arbres », reconverti dans l’agroforesterie.

Cadre de vie

« Notre avenir, je le vois le plus serein possible, explique Thierry Bonnefoi. J’espère que nous allons continuer à nous développer très raisonnablement de façon à accueillir encore un peu de nouvelles populations. Mais nous veillerons à toujours garder cet équilibre entre les activités agricoles et tous ces gens qui viennent s’installer ici pour le cadre de vie agréable. »

Des nouveaux habitants, Léonce Biamouret en réclamerait presque : « Si on veut que l’école vive, il faut que des gens viennent ! » C’est vrai qu’un groupe scolaire désaffecté, ça n’a pas le même charme qu’une pompe à essence rouillée…

Première partie du reportage sonore sur Noilhan

Deuxième partie du reportage sonore

Léonce Biamouret

Léonce Biamouret, Éternel second

Il se définit comme « paysan ». « Cela me plaît de le dire ainsi ; c’est plus modeste qu’agriculteur », prétend-il. Va pour l’appellation. À 77 ans, Léonce Biamouret est même retraité de la terre. « Hélas, sourit-il. Je voudrais être plus jeune. » Ce pur noilhanais, habitant depuis toujours le centre bourg, « jamais marié », est surtout connu comme le loup blanc dans le village. Pensez-vous, 44 ans de mandat !

Au départ, l’histoire ressemble mille fois à celle que l’on peut entendre dans de nombreuses petites communes : « On est venu me chercher. Et cela m’a plu de m’investir. » Le simple conseiller du départ deviendra par la suite 1er adjoint dans toutes les équipes municipales qui se sont succédé depuis 1983. Et maire ? « Pas voulu. » Difficile d’en savoir plus. Modeste ? « Je pense que oui. » Éternel second qui le revendique.

On comprend vite que Léonce se contente de peu. « Je prends les choses comme elles viennent », précise-t-il, comme pour mieux souligner l’absence de souvenirs et d’émotions lorsqu’il dégusta sa première orange, à l’âge de sept ans. « C’était au sortir de la guerre. »

Sécuriser

Sa guerre à lui, il l’a faite en Algérie comme standardiste. « J’en ai profité pour passer tous mes permis de conduire. » Mais en dehors de la voiture de « la famille », il attendra 1985 pour acquérir la sienne.

Avec son accent à couper au couteau, où le patois n’est jamais très loin, il égrène ses souvenirs d’élus : le déplacement de la statue de la vierge, le comblement des fossés avec la mise en place de l’ « assainissement collectif », la construction de la salle des fêtes, etc.

Aujourd’hui, l’inamovible 1er adjoint souhaiterait « réhabiliter et agrandir la salle polyvalente et sécuriser le village en réduisant la vitesse. Je suis en première ligne avec la départementale 247. Peut-être qu’un jour vous ferez un rapport comme quoi le premier adjoint s’est fait écraser sur la route ? » On n’espère pas. Même pour le plus modeste des élus…